Un miroir pour soulager les douleurs fantômes des amputés PDF Imprimer Envoyer
altPov Sopheak a perdu sa jambe gauche sur une mine il y a plus de trente ans, mais si son corps s'est habitué à vivre sans, la douleur est restée dans son pied fantôme. Une réminiscence à laquelle le Cambodgien s'attaque désormais, armé d'un simple miroir.

Tenant une glace entre ses jambes, le quinquagénaire sourit timidement à la dizaine de kinésithérapeutes qui l'entourent lors d'une première séance de "thérapie du miroir" au Cambodia Trust, centre de rééducation pour amputés dans la province de Kampong Chhnang (centre).

Il espère mettre un terme à deux décennies d'agonie et se relaxe petit à petit, en suivant les instructions du formateur canadien Stephen Sumner: il doit remuer les orteils de son pied droit tout en fixant le reflet dans le miroir, qui prend la place de sa jambe manquante.

"C'est une sensation nouvelle. C'est étrange, mais dans le bon sens", commente l'ancien soldat devenu garde de sécurité. "Je vois ma jambe dans le miroir et je suis heureux, comme si mon esprit était apaisé".

Le reflet de la jambe intacte peut faire croire au cerveau que les deux membres sont intacts et il envoie alors des signaux de commande, jusqu'alors bloqués, à la jambe fantôme, explique Sumner.

"En regardant dans le miroir, le cerveau vous permet subitement de bouger votre pied fantôme et de faire tout ce que le pied restant fait", poursuit le Canadien de 51 ans, qui a lui-même perdu sa jambe gauche dans un accident de moto il y a huit ans.

"Le cerveau veut être trompé. Il a un besoin maladif d'être soulagé".

La thérapie, qui fonctionne aussi pour les bras, a été développée en 1995 par Vilayanur S. Ramachandran, spécialiste en neurosciences à l'université de Californie à San Diego.

Mais elle n'a vraiment décollé que ces dernières années aux Etats-Unis, au Canada et en Europe, notamment pour les soldats blessés en Irak et en Afghanistan, explique à l'AFP Eric Altschuler, qui travaille avec Ramachandran.

"Rien n'est efficace pour tout le monde"

Son utilisation dans un épisode de la série télé "Dr House" en 2009 a également contribué à la populariser. Mais pas au Cambodge, où souffrent des dizaines de milliers d'amputés, principalement victimes de mines abandonnées après des décennies de guerre civile.

Sumner, qui n'a pas oublié les "éclairs" qui traversaient son pied fantôme, s'est donc donné pour mission de répandre le procédé.

Soutenu par l'association canadienne End the pain Project, il forme thérapeutes et amputés à travers le Cambodge. Et distribue des miroirs, une nécessité dans l'un des pays les plus pauvres de la planète.

Les douleurs fantômes toucheraient quelque 80% des amputés et les médicaments n'y font rien. Ni le chant, ni le massage de son moignon, ni même un calmant de temps en temps n'ont apaisé Sopheak.

Reste l'espoir de la thérapie du miroir, même si elle n'est ni instantanée, ni parfaite.

Sumner la recommande au moins pendant quatre semaines, à raison de deux sessions de dix minutes par jour. Mais Altschuler, également professeur associé de médecine physique et de rééducation à la New Jersey Medical School, souligne qu'elle ne résout pas tout.

"Rien n'est efficace pour tout le monde", insiste-t-il, soucieux d'éviter de donner de "faux espoirs" à tous les handicapés. "Le miroir est très utile pour les problèmes liés aux mouvements comme les spasmes ou un poing fermé. Mais ça ne marche pas pour les sensations de brûlure, par exemple".

Malgré tout, le spécialiste, qui revient juste d'une mission de formation à Haïti, est ravi que le Cambodge puisse profiter de cette technique.

"La thérapie du miroir est peu coûteuse et facile. Les patients peuvent la faire eux-mêmes, leur permettant de prendre le contrôle de leur santé. N'importe quel miroir fera l'affaire".

Source : AFP (28/02/2012)

A lire également :
- Les ONG indésirables au Cambodge
- Un CD de charité pour soutenir l'association
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