Lorsqu'une journaliste était l'invitée des Khmers rouges PDF Imprimer Envoyer
altIl y a 33 ans, Elizabeth Becker, journaliste américaine, devenait un des rares étrangers invités au Cambodge par les Khmers rouges. Elle n'a rien oublié de ce voyage surréaliste au coeur d'un régime totalitaire moribond: "C'était comme entrer dans la quatrième dimension".

"J'étais alarmée par ce que je ne voyais pas. Vous pensez toujours que vous allez tourner à un coin de rue et que la vraie vie sera là, mais ça n'est jamais arrivé", raconte la sexagénaire, aujourd'hui à la retraite. "Il n'y avait jamais d'enfants jouant dans la rue, il n'y avait jamais d'enfants dans les écoles, il n'y avait jamais personne dans les temples, il n'y avait pas de marchés, pas de rires, rien".

En 1978, lorsqu'elle reçoit l'invitation du régime marxiste à visiter la capitale, la reporter du Washington Post ne peut refuser d'aller voir de ses propres yeux une révolution engagée près de quatre ans plus tôt dans le plus grand secret.

Mais Becker, le journaliste américain Richard Dudman et l'universitaire marxiste écossais Malcolm Caldwell n'ont droit qu'à des mises en scène, avec dans les premiers rôles des villageois bien nourris par des coopératives modèles. Malgré une situation de "quasi résidence surveillée", elle s'échappe une ou deux fois. Derrière les façades repeintes et les parcs bien entretenus, "ils avaient tout laissé pourrir".

Après deux semaines, elle quitte le pays convaincue de la folie du régime. Outre sa conviction, elle emporte avec elle beaucoup de questions. Et le corps de son compagnon de voyage britannique, abattu dans son hôtel, quelques heures après un entretien privé avec Pol Pot. Pourquoi ? "Trouver un motif rationnel au meurtre de Caldwell, alors que ce régime assassinait son peuple de façon irrationnelle (...), je ne suis pas sûre que cela aurait un sens".

Elle repart aussi avec la seule et unique interview accordée à des journalistes occidentaux par un Pol Pot au pouvoir. Et une image très forte de l'individu. "Il était bien plus charismatique et beau que je ne m'y attendais".

Le 25 décembre 1979, deux jours après le départ de la journaliste, les forces vietnamiennes entraient au Cambodge. Le 7 janvier, Phnom Penh tombait et le régime avec.

Plus de trente ans après, Elizabeth Becker est de retour pour une exposition où elle présente ses photos et les enregistrements de cet exceptionnel entretien avec Pol Pot, mort en 1998 sans jamais avoir été jugé. Elle se prépare à témoigner devant le tribunal international qui juge les trois plus hauts responsables encore vivants d'un régime qui a vidé les villes, aboli la monnaie et fait quelque deux millions de morts.

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Parmi ces trois octogénaires, accusés de génocide et crimes contre l'humanité, Ieng Sary, l'ex-ministre des Affaires étrangères qui avait autorisé son voyage.

Celle qui avait commencé sa carrière comme reporter de guerre à Phnom Penh au début des années 1970 avait publié des articles très critiques basés sur les témoignages abominables de Cambodgiens en fuite.

Mais elle ne s'étonne toujours pas d'avoir obtenu un visa. "Ne pensez pas qu'ils voyaient tout et savaient tout", explique-t-elle. "Les gens oublient tout le temps à quel point ils étaient incompétents. Ils étaient cruels, impitoyables et incompétents".

A quelques jours de leur chute, ils cherchaient un soutien extérieur, en commençant par quelques reportages qu'ils espéraient positifs. "Ils s'étaient isolés du monde et avaient désespérément besoin d'amis ou d'aide".

Plus de trente ans après, les souvenirs de l'Américaine restent vifs, contrairement à beaucoup de témoins du procès en cours, à la mémoire parfois défaillante.

"Ce voyage de deux semaines, je l'ai écrit. Je n'ai pas besoin de me fier à ma mémoire", prévient-elle. "J'ai gardé mes notes, j'ai gardé mes enregistrements. C'est l'avantage du journaliste".

Source : AFP (23/02/2012)

A lire également :
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