Une émission de télé réunit des familles séparées par les Khmers Rouges PDF Imprimer Envoyer
altSous les projecteurs d’un plateau de télévision cambodgien, Sem Savœun tombe en pleurs dans les bras d’un père perdu de vue depuis 30 ans. Mais "Ce n’est pas un rêve" est plus qu’une émission à sensation, elle réunit les familles séparées par les Khmers rouges.

Sem, 42 ans, pensait être seule au monde. "J’avais essayé de retrouver mon père, mais je n’avais pas beaucoup d’espoir. Je n’avais jamais espéré ce moment", raconte-t-elle devant les téléspectateurs de l’émission du mois dernier sur la chaîne commerciale Bayon TV. Saing Va avait lui aussi essayé de retrouver sa fille, qui n’était qu’une enfant à l’arrivée des Khmers rouges au pouvoir. "Je ne savais pas où elle était partie, si elle était morte ou vivante", lâche le paysan de 65 ans en essuyant une larme.

Leur histoire est hélas banale dans un pays où des centaines de milliers de familles ont été éparpillées pendant ces années de terreur (1975-1979) où les villes ont été vidées au profit de fermes collectives dans les campagnes par un régime qui considérait les liens familiaux comme accessoires. Quelque deux millions de Cambodgiens, soit environ un quart de la population, sont morts d’épuisement, de famine, de maladie ou à la suite de tortures et d’exécutions.

Sem a été séparée de son père en 1977, juste après la mort de sa mère d’une maladie inconnue dans un camp de travail de la province de Takeo, dans le sud. Son grand-père l’emmène alors chez sa tante. "C’est la dernière fois que j’ai vu mon père". Mais juste avant la chute du régime, sa tante et elle doivent fuir les combats entre les Khmers rouges et les troupes vietnamiennes entrées au Cambodge. "Quand on m’a dit d’y aller, j’ai couru, sans m’arrêter, jusqu’à ce que je réalise que j’avais perdu ma tante", se rappelle-t-elle. "Après ça, je n’avais plus de parent. Je suis allée d’un endroit à un autre, vivant avec des gens que je ne connaissais pas". Sem était trop jeune pour se souvenir des détails de ses errances, alors après de vaines recherches, elle a fini par contacter "Ce n’est pas un rêve". Pendant son récit télévisé, un écran montre les enquêteurs de l’émission en pleine action. L’équipe a voyagé de village en village à Takeo, fouillant les souvenirs des anciens et les registres locaux. Finalement, ils ont retrouvé son père. Mais aussi sa tante, qui rejoint le père et la fille sur le plateau après une heure d’émission, pour une deuxième réunion familiale remplie de larmes.

En coulisse de ce studio de Phnom Penh, la productrice de "Ce n’est pas un rêve" est "vraiment excitée" de ces retrouvailles. Depuis son lancement l’an dernier, l’émission a reçu des centaines de requêtes. "Nous avons déjà résolu dix cas".

Source : AFP (09/08/2011)

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